Derrière le tablier vert : Deux partenaires de Starbucks racontent leur histoire et parlent des effets du mythe de la minorité modèle


 Au mois de mai, Starbucks met à l’honneur le Mois du patrimoine asiatique en publiant chaque semaine dans Échos Starbucks des articles qui racontent les histoires et les expériences particulières de ses partenaires (employés) panasiatiques.

Cette semaine, Cynthia et Sadaf racontent leur histoire et parlent des effets du mythe de la minorité modèle.

Cynthia

Je suis arrivée au Canada quand j’avais trois ans. Nous avons d’abord vécu dans un petit village de 500 habitants. Mon père rêvait de vivre dans une immense maison avec une grange comme dans les films occidentaux qu’il regardait quand il était petit.

Une fois que j’ai eu l’âge d’aller à l’école primaire, nous avons déménagé à Vancouver. Nous y avons trouvé plus de gens qui nous ressemblaient, mais il y avait peu de Coréens à l’époque. J’ai toujours été la première de la classe en mathématiques. Mes enseignants tenaient pour acquis que je voulais être médecin et m’ont toujours inscrit à des programmes avancés parce qu’ils avaient l’impression que je voulais en faire plus. Très tôt, les attentes vis-à-vis de moi étaient élevées.

Je ne devais pas être un modèle seulement à l’école. Je suis enfant unique, mais je suis la plus vieille de ma génération, des deux côtés de ma famille. Or, en tant qu’aînée de la famille Kang, je dois servir de modèle à mes cousins, nièces et neveux. On ne me permettait pas d’être gâtée, d’être immature ou de faire des erreurs. Puisque j’étais la seule à vivre en Amérique du Nord, on s’attendait à ce que j’aie la meilleure formation et le meilleur cheminement de carrière qui soient, comparativement à mes cousins. J’ai dû renoncer à beaucoup en étant la « minorité modèle ». Je voulais poursuivre une carrière musicale; je savais jouer la plupart des instruments à vent et j’adorais composer de la musique. Toutefois, une telle carrière ne correspondait pas aux attentes de mes parents, qui étaient influencés par le mythe de la minorité modèle, alors j’ai arrêté de faire de la musique.

J’ai été embauchée chez Starbucks il y a 8 ans. Les gens autour de moi remarquaient que je me mettais beaucoup de pression pour être parfaite. Un jour, j’ai eu un déclic. Alors que je me renseignais sur l’inclusion et la diversité, je suis tombée sur le concept du syndrome de l’imposteur. Je me suis rendu compte que je me mettais la pression parce que j’avais peur que les autres me considèrent comme n’étant pas à la hauteur. J’avais intériorisé les attentes liées au mythe de la minorité modèle. Quand j’ai compris ça, j’ai commencé à m’accepter et à avoir confiance en moi. Au cours d’une réunion autour des Conversations courageuses, j’ai parlé sincèrement pour la première fois à mes pairs à propos d’inclusion, de diversité et de l’importance de représenter les minorités. Par la suite, des partenaires m’ont dit qu’ils étaient heureux de m’entendre exposer des sentiments qu’ils partageaient, mais qu’ils étaient gênés d’exprimer. J’ai compris que je devais faire entendre ma voix. C’est pourquoi je suis devenue membre du conseil du Réseau des partenaires panasiatiques de Starbucks au Canada à titre de spécialiste des communications. Je voulais aider les autres à se sentir assez confiants et à l’aise pour raconter leur histoire. J’aurais aimé remettre en question l’état des choses plus tôt, mais je suis très heureuse à présent et je me suis même remise à jouer de la musique. Je veux que d’autres personnes sachent que c’est important de s’affirmer, de s’exprimer et de contester le statu quo. On se sent plus heureux et on contribue aussi au bonheur de ceux qui nous entourent.

Sadaf

Avant de me reconnaître comme une Canadienne d’origine asiatique, j’ai d’abord été une Russe asiatique. Je suis née à Dhaka, au Bangladesh, mais ma famille a déménagé en Russie quand j’avais six mois.

Ma vie en Russie après l’éclatement de l’Union soviétique était surréaliste. Je me souviens d’avoir vu de ma fenêtre des chars d’assaut entrer dans la ville en 1993, des gens faire la queue pour obtenir du pain et du lait, des étalages vides dans les magasins contrastant avec les voitures de luxe des « nouveaux Russes », une classe riche qui est apparue avec la Russie « démocratique ». J’ai grandi en jouant avec d’autres enfants dans les rues, sous la supervision chaleureuse de babouchkas omniprésentes. Quand je rentrais à la maison, je retrouvais les arômes de la cuisine bangladaise et les sonorités de ma langue maternelle. J’avais beaucoup d’amis proches, mais j’étais confrontée à des formes de racisme enraciné que je sentais en lisant de la surprise dans le regard des gens, surtout quand ils s’apercevaient que je parlais russe sans accent. Parfois, on m’agressait ouvertement. J’en suis venue à douter de mon identité.

Après être arrivée au Canada au début de la vingtaine, j’ai été traitée avec respect et j’ai vraisemblablement obtenu les mêmes chances que mes collègues à l’université et au travail. Ainsi, comme de nombreux Canadiens de première génération, je trouvais que les gens qui se plaignaient du manque d’équité ne comprenaient pas à quel point ils devaient être reconnaissants pour leur situation privilégiée. À l’époque, je trouvais que les libertés en Amérique du Nord étaient inégalées dans le reste du monde et contrastaient avec ma propre expérience. 

Mon vécu m’aide à faire preuve d’ouverture d’esprit. Il me rappelle que le sentiment d’appartenance et la vie en communauté sont des besoins humains fondamentaux. Mais ce sont aussi des privilèges qui sont retirés à beaucoup de gens, alors, au fil des ans, ma perspective a changé. J’ai découvert des expressions telles que « plafond de verre » et j’en ai appris davantage sur l’oppression subie par la communauté LGBTQ+, sur le mouvement La vie des Noirs compte et sur l’histoire et les expériences des Américains et des Canadiens d’origine asiatique. Grâce à des conversations sincères et honnêtes avec mes collègues partenaires qui m’ont parlé de leur vie et leurs expériences, et à la série de perfectionnement sur le troisième lieu de Starbucks (des vidéos et des conversations conçues pour souligner les préjugés et créer des espaces plus inclusifs), j’ai fini par percevoir la réalité des préjugés implicites.

Je comprends maintenant les sacrifices que beaucoup de gens au Canada ont dû faire et les souffrances qu’ils ont endurées pour jeter les bases de l’égalité pour tous, et j’en suis reconnaissante. Un gros travail a été accompli et j’ai maintenant le privilège d’écrire ces mots sans crainte. Paradoxalement, ce progrès nous offre de plus en plus d’occasions de bâtir un avenir sur ces bases et de poursuivre notre parcours vers l’égalité, un chemin qui ne peut être découvert qu’en valorisant et en célébrant nos cultures.

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